Gombert.story

ANNALES de PROVINCE des Petits Frères de Marie

Rédigées à St Paul-3-Châteaux le 17 avril 1888

No 18 - MAISON CHATEAU-GOMBERT 215/18

Altitude : 120 mètres ; Population : 1500 habitants

Fondée en 1864 pour 3 frères (3 présentement) Par M. le curé Jouvat et des Bienfaiteurs

Genre primitif de l'école libre payante puis communale gratuite - id - actuel libre payante

Traitement primitif : 1800 francs ; actuel 2100 francs Fourni par les rétributions, M. le curé, le comité et Marseille

Mobilier payé par M. le curé et des dons. Valeur actuelle : assez bon ; appartient aux Frères

Mobilier scolaire payé par les mêmes. Valeur présente : assez bon ; appartient à l'oeuvre

Local primitif incommode et irrégulier.

Cour, jardin assez bien Fourni par M. le curé (600 f. de loyer)

Local actuel décrit dans la notice

Cour, jardin idem Appartient à à la Fabrique Servitudes 800 mètres de l'église

Max. d'élèves au début : 40 ; aujourd'hui : 78.

Résultats religieux : aussi bons que possible.

Résultats scolaires : 12 certificats d'études

Résultats pour l'Institut : Deux sujets

Réputation de l'école : assez bonne

Appui du clergé très hargneux parfois Appui des autorités civiles : indifférent aujourd'hui Services particuliers : aucun FF. Directeurs : Simon, Palmace, Constancien, Antonius, Ezéchiel, Venant. Château-Gombert est une paroisse rurale faisant partie de la commune de Marseille. Elle compte 1500 habitants. Le village est à 120 mètres d'altitude, à environ 8 km de St Barnabé, 9 de Marseille, 195 de St Paul-3-Châteaux, et 368 de la Maison-Mère, par Marseille et Lyon. A l'époque dont nous allons nous occuper, M. l'abbé Jauvat était curé de Château-Gombert. Notre frère Esdras, qui prenait alors des bains de mer, vint le voir, en fut très bien accueilli, s'installa même un peu chez lui et l'engagea à demander de nos frères. Il écrivit lui-même au cher frère Assistant dans ce but, lui dépeignit M. le curé comme étant un saint, le pressa de lui envoyer des frères et appuya sa demande par un interminable grimoire, dans lequel il tançait les instituteurs laïques et jetait même la pierre à certains congréganistes. M. le curé écrivit ensuite, mais nous n'avons pas sa première lettre. Voici la seconde (juillet 1864) " Bien digne Supérieur, Encore une raison qui a son poids et qui vous fera comprendre notre nécessité, nos ardents désirs, nos pressantes sollicitations à vous demander des Frères : c'est que je prépare une première communion qui aurait dû se faire au mois de mai ; or, mes supérieurs ecclésiastiques m'ont autorisé à la renvoyer jusqu'à ce que j'aie quelques mains habiles, savantes et pieuses pour nous seconder, car nos pauvres enfants perdent plus qu'ils ne gagnent, sous tous les rapports, entre les mains de l'instituteur, qui est un extravaguant, qui ne sait ni se faire craindre, ni se faire aimer ; il n'a aucune influence, aussi il n'inspire ni confiance ni respect ; il y a deux mois, quelques élèves se révoltèrent contre lui. A tous les instants du jour, on en voit cinq ou six simultanément au même commun ; il n'y a point de police, c'est un désordre continuel. Aussi, les enfants sont très dissipés, et ne savent pas leur catéchisme. Quelle noble mission viennent remplir vos frères ! Et sous ce rapport, tous les parents les attendent avec impatience. De plus, j'ai une maîtrise de 12 élèves à leur confier. En voilà d'éléments, en voilà des portes, pour entrer dans l'esprit du peuple. En voilà des instruments, des armes, pour combattre et vaincre les plus formidables ennemis ! Vénérable Supérieur, c'en est trop pour vous faire comprendre notre position et vous faire espérer l'heureuse réussite de notre fondation. D'ailleurs, nous nous connaîtrons toujours mieux, non seulement pour ne pas avoir de regrets ni les uns ni les autres, mais pour bénir toujours la divine Providence de nous avoir mis en relation, etc..." Le frère Félicité, visiteur, vint voir le local et envoya le rapport qui va suivre au Supérieur sur ce nouveau poste : Le local destiné aux Frères est celui que les sœurs quitteront la semaine prochaine pour aller en habiter un autre qui sera inférieur à celui qu'elles laissent, jusqu'à la mort de la personne qui leur donne actuellement une partie de sa maison et qui la leur laissera en entier après sa mort. Ce local a un premier seulement. Il est très bien situé ; il peut être considéré comme hors du pays, bien qu'il ne soit éloigné de l'église que de 2 ou 3 minutes. Les appartements du rez-de-chaussée sont : un très joli salon, déjà meublé, destiné sans doute à un parloir ou à un réfectoire ; une petite cuisine et une cave, puis les deux classes séparées par une cloison et une porte. Elles n'ont que 4,50 mètres sur 3 mètres, environ 30 m2 pour les deux. Mais il est à remarquer : 1) qu'une vaste cave et une écurie disponibles, dépendantes dudit local, et adossées, partie contre les classes, partie contre le reste de la maison, permettent de faire toutes les améliorations convenables ; 2) que M. le curé est tout disposé à apporter toutes les modifications nécessaires ; 3) que dans le principe, les classes seront peu chargées, attendu que l'instituteur communal a une bonne partie des enfants que le pays peut fournir, et qu'ils ne quitteront, sans doute que petit à petit. Les appartements du premier sont : 1) Une salle avec alcôve, pouvant servir de dortoir ; elle est très convenable, 2) Une 2ème salle ayant ainsi que la 1ère, deux fenêtres, cette dernière ferait une salle d'études ; 3) Un petit oratoire, ordinaire, mais assez bien ; l'autel restera etc.. 4) Une petite sacristie ; 5) Une espèce d'antichambre ou alcôve. Toutes les portes et les principales fenêtres de la maison donnent hors du village et font face à la cour et au jardin, très réguliers, qui sont également pour les frères. La cour est un peu petite, mais il est facile d'empiéter un peu sur le jardin qui est passablement vaste. Deux puits alimentent : l'un la maison et l'autre le jardin. L'eau est basse mais elle ne tarit jamais. C'est M. le curé, à la tête des notables du pays, qui se charge de la fondation. Tout d'abord l'école sera libre. Le traitement sera composé : 1) Des produits des mois d'école ; 2) Du complément promis par les fondateurs. La prime sera payée par annuités de 400 fr ou de 420, selon que vous fixerez pour chaque frère. M. le curé recevra indifféremment, dans le principe, soit deux, soit trois frères, et il consent volontiers à ce que le traitement soit de 1200 fr pour deux frères ; il n'a pas été question du traitement pour trois. Les supérieurs envoyèrent ensuite le F. Onésiphore, Directeur à la Seyne, pour voir si tout était prêt. Il leur rendit compte de sa mission en ces termes : M.T.C.F. Assistant, Le jour désigné, je me suis rendu auprès du F. Simon, que j'ai trouvé aux Aygalades à 11 h 1/2, et à 1 h 1/2, nous sommes partis pour Château-Gombert son nouveau poste. 1) J'ai trouvé le linge des frères à peu près prêt, et le mobilier de même, sauf les bois de lit, les matelas et les chaises, que l'on fera confectionner plus tard, attendu que le F. Visiteur a approuvé la maison et ses meubles pour le temps provisoire, qui ne sera pas de longue durée selon toute apparence, l'emplacement de la nouvelle construction est déjà désigné et M. le curé n'est pas en peine pour trouver l'argent nécessaire pour cela. 2) Il reste 580 fr de l'argent du mobilier des frères qui n'est pas encore employé, mais ce qui est fait est assez bon pour ne pas donner lieu de se repentir d'avoir laissé faire M. le curé ; le linge vaut 1/5 de plus que ne le porte la liste. 3) M. le curé verra MM. les bienfaiteurs de l'œuvre pour l'argent qui lui manque en ce moment : sa visite du premier de l'an sera faite dans ce but. Ils ont signé, mais ils sont à Marseille en ce moment. 500 fr seront remis au F. Simon à l'entrée en fonction, et le reste tous les trimestres ; une partie de la prime sera payée cette année aux premiers mois : 700 fr à ce que m'a promis M. le curé. Je crois que vous n'avez rien à craindre ; le brave homme a aussi bon cœur que bonne langue. 4) Les classes sont prêtes, mais bien petites, elles peuvent contenir 50 élèves ; il y a des tables et des bancs pour ce nombre. Les deux ouvertures devaient se faire le jour de mon passage, elles donneront de l'air et non du jour, car elles aboutissent à une cave... Les griefs qui pèsent sur le pauvre instituteur sont plus que suffisants pour le faire révoquer dès que les frères seront installés ; ce sera un grand service que l'on rendra au pays, si cet homme est aussi mauvais qu'on le dit... Voyant que je paraissais désirer quelque chose de plus, M. le curé m'a dit, avec un peu de chagrin : " Mon Frère, qu'est-ce que vos Supérieurs désirent de plus ? parlez, je suis prêt à tout ce que l'on voudra, et je le signerai de mon sang, s'il le faut. Je n'ai pas d'autres héritiers que les frères, et si je n'ai pas beaucoup d'argent en ce moment, je sais où en prendre. Après avoir fait élever des églises, des chapelles et des établissements de religieuses, je ne laisserai pas celui-ci inachevé. Dites à vos Supérieurs d'avoir un peu de confiance en moi ; ils me verront à l'œuvre. " Mr le curé écrivit encore plusieurs lettres et alla voir notre R.F., à St Genis, qui lui donna de l'espoir. Il fit intervenir l'un des grands vicaires, au commencement de septembre. Le 26 octobre, il remercia le Révérend qui venait de lui promettre trois frères. Il accepta les conditions proposées, se réservant seulement de fournir le mobilier personnel en nature, parce que des personnes charitables lui en offraient les diverses parties. Le brave homme faisait déjà des provisions pour les frères. Son style prolixe et un peu diffus annonce un homme simple et droit. Il avouait que le local offert ne convenait pas, mais il assurait qu'il ne serait que provisoire et que, aidé par ses bourgeois, il en ferait bientôt construire un ad hoc. Le Révérend lui ayant annoncé le 5 novembre que l'envoi des frères était ajourné, il communiqua cette triste nouvelle au baron de Gombert, son paroissien. Celui-ci voulait monter à St Genis sur le champ. Mr le curé l'en dissuada, réfléchit pendant toute la nuit et recommanda cette affaire à Notre Seigneur en disant sa messe le lendemain. Il alla consulter ensuite son confrère des Aygalades, ainsi que le frère Directeur de cette localité et celui de St Geniez. Après ces précautions, il écrivit au Révérend et le pressa vivement de hâter l'envoi des frères, ajoutant que M. B. Martin, adjoint au maire, et un chef de bureau de la Préfecture, attendaient impatiemment la déclaration légale, pour l'appuyer. Il revenait encore sur le mal que faisait l'instituteur laïque dans sa paroisse. Les conventions que l'on va lire furent signées le 10 décembre 1864. En les envoyant, Mr le curé s'applaudissait du bon choix du F. Simon, qui allait diriger la nouvelle école et déclarait que ce frère et lui ne faisaient déjà qu'un. Frère Simon avait peut-être mérité cet éloge en acceptant sans difficulté, tous les objets offerts pour le mobilier personnel, y compris les meubles laissés provisoirement par les sœurs dans le local qu'elles avaient cédé moyennant un loyer annuel de 600 francs : leur sacrifice n'était pas grand. Voici les conventions : Entre les soussignés etc. Art. 1er. Le Supérieur fournira trois frères, etc. Ils auront, en se conformant aux lois, etc. Art. 2. Il sera fourni aux Frères ce qui suit : 1) Une maison convenable avec cour et jardin, le tout clos et indépendant. Le local offert par M. le curé est accepté pour un an, moyennant les réparations convenues. 2) Un mobilier classique ainsi qu'il est exprimé dans le prospectus. 3) Un traitement annuel de 1800 francs. Ce traitement se composera des rétributions scolaires et d'un supplément assuré par les Fondateurs dans le cas où le chiffre des rétributions n'atteindrait pas 1800 fr. Les rétributions des enfants étrangers à la paroisse et toutes celles qui excéderont 1800 fr seront bénéfice des frères et leur appartiendront. 4) Pour le mobilier et le trousseau des Frères, une somme de 1800 fr payable à l'ouverture de l'école. Ce mobilier est entretenu par les Frères et devient leur propriété par dixième chaque année. 5) Une prime de 1200 fr qui sera payée à la Maison-Mère à l'époque de la fondation. Art. 3. Le chauffage et les faux frais de l'école, pour encre, modèles, etc. sont à la charge des élèves. L'entretien de la maison et du mobilier classique ainsi que les frais de distribution de prix sont à la charge de la Fondation, qui, en outre, fera exempter les Frères de tous impôts et charges communales ou les supportera pour eux. Art. 4. Les frères et leurs élèves auront des places gratuites à l'église. Le 12 décembre, le frère Simon écrivait que l'instituteur était très immoral, que son adjoint s'ennuyait avec lui, que son école avait 70 enfants payant 1,50 fr ou 2,50 fr par mois, tous très mal élevés et ignorants ; qu'une vingtaine d'enfants attendaient l'ouverture de la classe des Frères et qu'on y admettrait un certain nombre de gratuits.