Gombert.story

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Le chaufournier

Par définition : Personne (*) qui travaille dans un four à chaux, ou qui exploite un four à chaux.

Les contreforts au sud du massif de l'Étoile, comportent des roches calcaires affleurantes par endroits. Ces espaces naturels ont été exploités  pour en extraire des blocs dans des carrières à ciel ouvert ; blocs qui seront cuits dans des fours construits sur les sites mêmes. On rencontre encore ces installations entre saint Mître et les hauts de Château Gombert.

Les détails sont donnés dans la rubrique : " Le Terroir " / " l'Étoile " / " les fours à chaux "

(*) En provençal : Bourgeaire (Boudjâïre)

Extraction des blocs de calcaire avant cuisson

La chaux.

En provençal :  " Càou "

Pierre calcaire ou chaux carbonatée des minéralogistes ; Protoxide de calcium, des chimistes, privée de l’acide carbonique et de l’eau de cristalisalion qu’elle contient, par le moyen du feu.

On nomme:

CHAUX AIGRE ou MAIGRE, celle qni n'est pas grasse.

CHAUX ÂPRE, celle qui durcit fortement et promptement.

CHAUX BRÛLÉE, celle qui a éteinte avec moins d'eau qu’il n'en fallait pour la bien dissoudre.

CHAUX PLAMÉE, celle dont les tanneurs se sont servis pour dépiler les peaux.

CHAUX COULÉE, celle qu'on fait éteindre dans un bassin de bois et couler ensuite dans une fosse.

CHAUX ÉTEINTE PAR DÉFAILLANCE, celle qui a été réduite en poudre par l'humidité de l'air. " Caus destrempùda ", chaux éteinte.

CHAUX ÉTOUFFÉE, chaux qu'on éteint avec de l'eau après l'avoir recouverte d'une couche de sable.

CHAUX FUSÉE, celle qui a perdu sa force par l'Influence de l'air, c’est-à-dlre, en reprenant une partie de l'acide carbonique dont la calcination l'avait privée.

CHAUX GARDÉE, ohaux éteinte et conservée en pâte dans des fosses bien recouvertes.

CHAUX GRASSE, chaux en pâte qui ne laisse point appercevoir de grumeaux.

CHAUX VIVE, celle qui s'échauffe en lui donnant de l'eau.

CHAUX HYDRAULIQUE, qui a la propriété de se solidifier presqu'instantanément ; ce qui la rend précieuse pour les ouvrages qu'on construit dans l'eau.

CHAUX BISCUIT, les parties dures et pierreuses qui se montrent dans la chaux éteinte.

Source : Google - Dictionnaire Provençal-Francais - T1 - S-J Honnorat

 

Dans les BduRh, les chaufourniers faisaient partie de la chaîne de fabrication de la soude et des savons en 1829

L' Art et la Manière de faire de la Chaux

Extraits d'un rapport réalisé en 1821.

Il ne tient pas compte de l'activité de "petites" installations dont la charge de produits réalisés est trop variable ou quantifiable pour une année (ex. Château Gombert)

" Il nous serait impossible de nommer tous les fours à chaux du département, parce que leur nombre varie selon les besoins locaux ; mais nous ferons mention de tous les endroits où les fours à chaux sont en activité toute l’année et constituent une branche d’industrie régulière.

Ces endroits sont Cuges, Ceireste, Cassis , Marseille , Septèmes , Allauch , Aubagne, Roquevaire , Auriol, la vallée de l’Arc au penchant des chaînes de l’Étoile et de Regagnas, les Martigues, Saint-Remi et Château-Renard.

On fait la chaux de deux manières : avec le bois et avec la houille.

On se sert du bois dans les montagnes littorales, et de houille dans l’intérieur.

Nous prendrons pour exemple du premier genre : Cuges, où cette branche d’industrie est la plus importante ; quant au second genre, il offre deux méthodes dont l’une est générale et dont l’autre n’est pratiquée qu’à Château-Renard.

A. Chaux faite avec le bois.

A Cuges, deux hommes, qui sont ordinairement des ouvriers de Ceireste, achètent une étendue de bois suffisante pour fournir les fagots nécessaires. Ils louent deux ouvriers du pays qui coupent dans le terrain acheté les touffes de chêne à kermès (*) appelé dans le pays Réganéou. Ils font des fagots de ces broussailles, et quatre femmes sont occupées à les transporter à la carrière. Là les deux entrepreneurs exploitent la pierre dans un terrain qui appartient à la commune, et pour lequel ils ne payent aucune redevance.

Ils se servent rarement de la mine. Leur travail se fait avec des pics et des leviers. Ils déchaussent la roche et la détachent en introduisant les leviers dans les joints et les failles. Ils brisent les blocs avec des masses de fer. Les plus gros fragmens servent à former le mur extérieur du four auquel on donne une forme conique, en laissant au-dessous une voûte qui sert de fourneau. Les fragmens plus petits remplissent l'intérieur du four, qui est couronné par un cône plus petit. Ensuite on remplit le fourneau de fagots qu’on allume, et on entretient le feu pendant trois ou quatre jours sans interruption.(**)

La cuite étant finie et le four refroidi, on le démolit pour enlever la chaux qui est transportée principalement à Marseille. Il y a à Cuges douze fours à chaux qui emploient chacun quatre hommes et quatre femmes pendant deux mois. Cette main d'oeuvre absorbe un tiers du produit brut, et l’achat du combustible un autre tiers. Il reste donc un tiers net pour les entrepreneurs.

B. Chaux faite avec la houille

Dans les fours qui sont au voisinage des mines de houille on emploie ce combustible au lieu du bois à brûler, et en général les fours sont disposés de la même manière. On fait aussi de la chaux avec le calcaire houiller à Auriol, à Gardanne et dans presque toutes les houillères.

Ce calcaire est placé dans le four avec un mélange de fragmens de houille, distribués dans un certain ordre et dans des proportions que l'expérience fait connaître. Le feu une fois mis à ces fours, les matières brûlent lentement, jusqu’à ce que toute la houille soit consumée , et le résidu est une chaux d’une excellente qualité.

A Château-Renard on se sert de la houille de Givors qui descend le Rhône à peu de frais. On construit un petit fourneau dans lequel on met par intervalle de la houille et de la pierre calcaire concassée. On retire par la partie inférieure du fourneau la chaux qui a été confectionnée, tandis que la partie supérieure brûle toujours et fournit de nouvelles quantités de chaux. Ce fourneau est en activité huit mois de l'année et occupe deux hommes seulement.

Il serait à désirer que l’on substituât partout l’usage de la houille à celui du bois à brûler : il en résulterait un double avantage :

Le premier, d’encourager l'exploitation de la houille , et le second, de conserver les bois, dont la destruction, est très rapide et produira certainement de grands maux (***). Les frais de la chaux faite avec la houille sont aussi moins considérables que ceux de la chaux faite avec le bois à brûler. Dans le premier cas on a calculé que 20090 charges de chaux ne consommaient que 5ooo charges de houille qu'on obtient sur les lieux à 1f la charge. Or ce n’est que le quart du produit brut, tandis que le bois à brûler absorbe le tiers de ce même produit.

Il y a encore une économie considérable dans la main d'œuvre : car , avec la houille , chaque four à chaux n’exige que deux hommes et trois au plus. Si, au lieu de ne faire les fours à chaux que par intervalle, on établissait des fourneaux permanens comme à Château-Renard (§), le bénéfice serait plus grand, et les entrepreneurs auraient même l’espoir de fonder un établissement fixe et assez lucratif. En effet, à Château- Renard deux hommes en 8 mois ont un produit brut de 1800f, sur lequel il n’y a d’autres frais à prélever que leur main d’œuvre, et au plus 3oof de houille. Ces deux hommes ont donc gagné en huit mois 75of chacun, c’est-à-dire le double de ce que gagnent en un an les entrepreneurs des fours à chaux de Cuges. "

Source : Google - Statistique des BduRh T1 - Comte de Villeneuve - 1821

(*)(**)(***) On observera la méthode utilisée dans le premier cas. C'est celle des environs de Château Gombert, avec toutes les conséquences pour la flore du massif de l'Étoile.....

(§) Deux fours à chaux permanents ont été réalisés dans Marseille au pied de la carrière calcaire de la rue Jules Moulet, sous N-D de la Garde. Cf. in fine de rubrique "Le Terroir" - "L' Étoile "