Gombert-story

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LA PASTORALE

Les représentations de la pastorale ont, cette année, un grand regain de succès, auquel l'article publié dans le numéro d'octobre dernier de la Revue de Provence n'est peut-être pas étranger. La pastorale Maurel vient en tête, comme toujours, représentée cette année sur 42 scènes, parmi lesquelles nous citerons les théâtres de Cannes, de Nice et de Cette ; dans les paroisses de Saint-Victor, des Chartreux, de Mazargues, de la Valentine, de Sainte-Marthe ; à Aix, Avignon, Arles, La Seyne, Fréjus, Saint-Remy, Cassis, Auriol, etc. ; puis la pastorale Fallen, qui est toujours applaudie a Aubagne, à La Penne, etc. Signalons en particulier la pastorale Audibert, traduite en vers français, qui se joue à la Blancarde, et dans maintes villes de Bretagne et du Nord de la France avec un plein succès ; ensuite la pastorale inédite de Foucard, représentée trois fois par semaineau théâtre Chave, devant une foule considérable de spectateurs enthousiasmés, enfin la Pastorale Maurel jouée à Saint-Savournin, dont tous les rôles sont joués par des jeunes filles du pays.

Source : Google - Revue de Provençe - 1899

LA PASTORALE MAUREL

D'après la Pastorale provençale de d'Antoine Maurel écrite en 1844 à la rue Nau à Marseille

 Cette pièce raconte le pèlerinage des provençaux vers Bethléem, qui pour l'occasion et depuis Saboly, un auteur du XVIIème siècle, se situe au coeur d'un village de chez nous.

Tous les personnages de la Maurel se retrouvent à Bethléem : de Pistachié le fada, au rémouleur qui aime bien la bouteille en passant naturellement par les trois vieux et l'ange.

Acte premier

Le réveil des bergers.

Toute pastorale est, bien entendu, une histoire de bergers, ce sont eux qui, perdus dans leur montagne, entendent les premiers le message divin annoncé par l'ange. Ils se mettent en marche et au fur et à mesure les personnages mis au courrant se présentent au public. Le rémouleur qui aime taquiner la bouteille. Le meunier qui habite le moulin avec sa petite famille. L'aveugle dont un fils a disparu. Le bohémien qui terrorise la contrée. Et pour finir les deux journalier un peu fadas : Pistachié et Jigèt.

Deuxième acte

Le réveil des vieux.

Il ne manque plus que les vieux qui dorment encore, la jeunesse les réveille et tous trois, Jourdan, Margarido sa femme et leur voisin Roustido, après quelques embrouilles, la rejoignent sur le chemin de l'Etable Sainte tandis que Pistachié passe un pacte avec le diable.

Troisième acte

Fatigués, les gens du village s'arrêtent dans la ferme de Benvengu pour se reposer un peu. Les hommes en profitent pour se saouler ce qui mettra Margarido en rage avant que tous sauvent Pistachié que le bohémien a jeté dans le puit. Finalement, tous ensemble, ils reprendront le chemin qui les mènera tout droit devant la Saint Famille

Quatrième acte (qui n'est pas joué)

C'est l 'acte des Rois avec le monologue d'Hérode qui est dans tous ses états depuis l'annonce de la naissance d'un roi plus puissant que lui.

Cinquième acte

L'étable.

C'est la fin du voyage et la découverte de la Sainte Famille. Chacun s'en retourne guéri de tous ses maux et heureux en chantant la gloire de ce Dieu qui vient de naître pour tous les sauver

François-Xavier Jean

Source : escolo.dou.miejour.free.fr/theatre/pastoral e/pastorale

Source : escolo.dou.miejour.free.fr/theatre/pastorale/pastorale - Liste des instruments

PASTORALE MAUREL (A NOTER "MOREL")

PASTORALE ROUGIER

IL Y A LA "VRAIE"......, ET LES AUTRES !

PASTORALE DE XAVIER DE FOURVIÈRES

Le Père Xavier de Fourvières a écrit, il y a quelques années et publié " Lou Brès de l'Enfant Jésu "

Cette pastorale en trois actes et en vers, trouve tout naturellement sa place dans les pensionnats religieux.

Elle peut être facilement mise à la scène ; peu compliquée, claire, poétique, pieuse même, et amusante en outre, elle a eu, et elle aura toujours l’agrément des âmes les plus fraîches et les plus blanches.

M. l’abbé Bonne-fille, professeur du Petit Séminaire d’Avignon, en a fort bien résumé le thème. 

Le premier acte, dit-il, gracieuse idylle, vous montre, en récit ou en action, l’arrivée à Bethléem de Joseph et de Marie, la naissance de Jésus, les adorations respectueuses et naïves des bergers d’alentour, l’attachement si candide, si touchant, si délicat du petit Simounet, — une vraie trouvaille — pour cet humble nouveau-né qu’il ne connaît pas, mais pour qui, déjà, il se sent embrasé d’un ardent amour ; tandis que là-bas, dans l’ombre, apparaît, avec son caractère bas et hypocrite, sa cupidité sans frein, triste héritage qu’il transmettra un jour à son fils Judas, un vil valet, Escariot, le futur instrument des ordres sanguinaires d’Hérode.

Au second acte, la lutté est engagée. Furieux du départ inopiné des Mages, Hérode commande qu’on recherche et qu’on lue le nouveau roi des Juifs. Aussitôt, des soldats,,des bourreaux emplissent la bourgade, et Escariot, préludant ainsi à l’infàme trahison de Gethsémani, éclaire et dirige leur marche ; mais le divin Enfant, sur qui veille, avec une délicate sollicitude, le fidèle Simounet, échappe à leur haine et à la mort.

Ainsi trompé dans ses criminelles espérances, Hérode ordonne le massacre. Nous entendons alors, profondément émus, la plainte de Rachel pleurant ses fils. Mais les cruautés du roi impie sont vaines. Averti par l’Ange, Joseph a fui dès l’aube avec Marie, emportant celui qui doit sauver le monde, et Escariot paie de sa vie l’insuccès de ses odieux services.

Jetez maintenant sur cette charpente le riche vêtement d’une poésie débordante de lyrisme et de tendres sentiments, et vous ne serez point surpris que bon nombre de villes de notre Provence aient voulu entendre et applaudir l’œuvre du Père Xavier...

Source : Google - Revue de Provençe - 1899

PASTORALE DE MILLE

Canten Nouvé (pastouralo en très ate e en vers emè cant) par le chanoine Mille, d’Aix, prend sa bonne place parmi les œuvres dramatiques de l’école félibréenne.

Dans une petite note publiée par lou Gau, l’auteur fait cette déclaration qu’il justifie, d’ailleurs, dans sa Pastorale, avec une pleine éloquence :

« La pensée mère de cette œuvre en a été donnée par le désir de plus en plus vif de protester contre les turlupinades qu’on nous sert dans la Basse-Provence en guise de pastorale. Tout est méconnu dans ces factums : l’unité, la langue, le mystère lui-même, quand ce n’est pas la simple décence. J’ai voulu réagir et relever le gaudium magnum de Noël qui perdait chaque jour de son idéal. C’est simplement au contraste des caractères, au piquant des locutions, à la vivacité des dialogues que j’ai demandé la gaieté franche mais toujours honnête de notre première fête provençale. »

Source : Google - Revue de Provençe - 1899

PASTORALE GUYON

Pastorale chantante et récitante (je laisse de côté tout une page de sous-titres) de M. Guyon, bachelier ès lettres, comme l'indique la couverture, fut imprimée à Aix en 1855. C’est une œuvre fort pittoresque, sous son voile de grandeur et de gravite. Cette pastorale est traitée à la façon dun oratorio. Elle contient une cocasserie qui ferait bien rire aujourd’hui les felibres : Le père Eternel, la Vierge, l’Ange Gabriel, Saint Joseph, tous les gens comme il faut, parlent en vers français... en quels vers !!! tandis que les bergers et les paysans se servent, eux, de la langue maternelle, du patois. Et par le fait, ce patois n’a rien de commun avec le délicieux: langage de Mistral ou de Roumanille.

Cette œuvre, en dépit de sa littérature fantastique, possède je ne sais quel fumet ancien qui attire et qui vous laisse dans l’âme du plaisir.

Source : Google - Revue de Provençe - 1899

PASTORALE AUDIBERT

M. J. F. Audibert est l’auteur, relativement très récent, de la Neissenço doou Crist.

Sa pastorale porte la date de 1896. Dans une préface qui se lit volontiers, M. Audibert nous donne de jolis détails sur la genèse de son œuvre. Plusieurs cercles catholiques lui envoyèrent des délégués, avec mission de lui demander de traiter à leur intention le sujet de la Pastorale « en le rajeunissant et le modernisant, pour leur plus grande joie, celle de leur famille et de leurs amis ».

M. Audibert se fit d’abord un peu et même beaucoup tirer la manche, pour parler le vulgaire langage d’un prosateur ; à la fin il céda, disant, tout modestement et tout franchement à ses amis : « Ce sera ce que ce sera. »

La Pastorale promise, en un mois fut sur pied et sur planches, et obtint dans bon nombre ae cercles catholiques, un succès retentissant. 

Dans son œuvre M. Audibert a été un des premiers à introduire ce qu'on appelle le merveilleux, c’est-a-dire des habitants de l'autre monde. S’il n’a pas été tout à fait le père de cette tentative, il peut se flatter d’avoir fait jouer aux esprits du mystère un rôle très actif, très nouveau, très original. Son Satan - frère incontesté de Méphistophélès — compose une des meilleures attractions de sa pastorale.

Que d’autres types, aussi, très curieux, il nous dessine, et dont quelques- uns classiques, c’est-à-dire appartenant de droit à toutes les pastorales, et quelques autres imprévus et lui appartenant en propre. Nous donnons précisément dans le courant de cette rapide étude, des photogravures fort expressives, tirées de la Neissenço doou Crist de M. J. F. Audibert.

Source : Google - Revue de Provençe - 1899

PASTORALE MAUREL

Arrivons à l’œuvre type, d’où sont sorties tant de pâles copies ou d’heureuses imitations : La Pastorale Maurel, on le Mystère de la naissance de N. S. Jésus Christ, drame en cinq actes, en vers provençaux. J’estime que l’homme qui a écrit ces pages peut dormir aujourd’hui d’un sommeil tranquille dans la tombe. Il s’est fait une renommée qui ne périra point. Langue, mécanisme théâtral, coloris, verve, esprit, charme, tout s’harmonise à ravir dans cette œuvre. On parle de gloire populaire. Mais toute la génération passée et toute la notre a récité et récite les vers de Maurel, Pour moi, je pourrais de mémoire, la reconstituer acte par acte. Et, bien que la sachant par cœur, j’ai éprouvé un plaisir véritablement savoureux à la relire et i’y ai fait encore des trouvailles. Cela est bien concu, bien construit, admirablement charpenté, comme on dit en argot de théâtre. Chaque type est découpé à l’emporte-pièce. Celui de Pistachié peut se promettre une sorte d’immortalité. J’ai vu interpréter ce type de peureux, de fainéant, de nigaud suprêmement spirituel, par des hommes, des amateurs, dont le naturel et le jeu indiquaient un véritable talent. Thomas — nous en parlerons plus loin — fut inimitable clans ce rôle. Mais je veux accorder ici un souvenir à un homme qui m’a paru, dans ce rôle, supérieur à tous les interprètes que j’ai connus. Cet nomme appartenait à une Œuvre de jeunesse ; après une vie de dévouement et de profonde humilité, il est mort prêtre et religieux. Cet homme réalisait un Pistachié pâle, maigre, émacié, fantomatique, élastique comme un chat, souple comme un fil de fer, amusant comme il n’est pas possible de l’exprimer. Cet homme qui faisait rire aux éclats des milliers d’auditeurs, était d’un caractère profondément mélancolique ; cet homme possédait — je l’ai connu — une âme bouleversée. Il eut pleuré volontiers dans la coulisse toutes les larmes de son cœur, pour manifester contre le succès d’exubérante gaieté qu'il obtenait auprès de son charmant auditoire. Au milieu de son triomphe, il me disait parfois : « Voyez-vous, je joue ce rôle, dans l'espoir que ça me vaudra de longues années en moins de purgatoire ». Ce saint était toujours sur un gril ; il eût mérité de vivre dans les roses. Il interpréta la Pastorale avec du génie. C’est la Pastorale de Maurel qu’on jouait dans cette Œuvre, comme à peu prés dans toutes les autres, avant celle d’Audibert, mais toutefois un peu modifiée. Il y a dans cette Pastorale un acte écrit tout entier en vers français : l’acte des Mages et du Roi Hérode. Un préjugé qui dure encore et qui, à l’époque de la création des Pastorales, sévissait dans toute son absurde rigueur, voulait que les gens distingués, célestes ou terrestres, parlassent la langue des Messieurs et des Dames. Maurel demanda l’acte en français à Gaston de Flotte, un poète marseillais de mérite. Il y a dans cet acte un peu de tout, du Corneille, du Racine, du mélodrame moderne, de Ia comédie grandiloquente ; il y a aussi de beaux vers ; les beaux vers sont même nombreux. Il en est quelques-uns qui sont restés en proverbe. Tout Marseillais redit et redira, dans un moment où ses succès deviennent accablants, cette parole d’Hérode à son confident :

Oh ! tu ne connais pas le poids d'une couronne.

Cet acte est bien fait, il ne dépare point l’œuvre provençale de Maurel ; je le répète, Gaston de Flotte avait du talent... Mais je crois qu’il faut briser carrément, résolument, avec le préjugé déplorable... de faire parler en français les gens comme il faut. . 

Source : Google - Revue de Provençe - 1899

PASTORALE FALLEN

M. le docteur Joseph Fallen, lui aussi, a cédé a cette ancienne habitude, dans la pastorale qu’il vient d’écrire et dans laquelle il fait parler en franciot Hérode, Zacharie, le Grand-Prêtre, Manassès, Nicodème, Caïphe, l’Afranchi, l’Ange Gabriel et les Rois Mages.

Je lui en fais un petit reproche ; mais comme il est bon provençal et bon poète, il ne m’en voudra pas. Et d’ailleurs, je n’hesite pas à reconnaître que sa Pastorale est une œuvre tout à fait intéressante. Simple de conception, scrupuleusement conforme aux textes sacrés, écrite dans une trame absolument nouvelle, et dans ce bon dialecte marseillais, si expressif, si souple, si riche de coloris et non point grossier, comme d’aucuns le prétendent et, pour ce, l’abandonnant dédaigneusement aux nourrices et aux jardiniers. Les types, dont quelques-uns nouveaux, dessinés par M. le docteur Fallen, d’Aubagne, sont bien nets, francs d’allure, bien sympathiques. La figure de Vincen, l’innocent, est exquise. Au théâtre, elle touchera beaucoup les spectateurs ; celle du mendiant Efrain, poussée intentionnellement au noir, est aussi une adroite et curieuse trouvaille. J’ai quelque peu reproché au docteur Fallen d’avoir fait parler en fiançais les anges, ses grands personnages et les rois. Il faut avouer qu’il leur confie, par moments, de beaux et bons vers, d’une coupe solennellement classique, pleins de sonorité, de cette noble sonorité qui convient si bien aux personnages de théâtre.

Voici la nomenclature des tableaux de sa pastorale :

Premier acte, Prologue : L' Annonciation et la Visitation (vers français).

Deuxième acte,

Premier tableau : L’Annonce aux Bergers ;

Deuxième tableau : Le Départ des Bergers (vers povençaux).

Troisième acte : Les Mages chez Hérode (vers rançais).

Quatrième acte,

Premier tableau : Les Bergers à Bethléem (vers provençaux) ;

Deuxième tableau : L' Adoration (vers français et provençaux).

Cinquième acte : Les Fureurs d'Hérode (Vers français).

Je le répète, il n’y a pas que les vers d’un amateur dans cette fraîche, vivante, digne et nouvelle pastorale, il y a aussi les vers d’un vrai poète. M. le docteur Fallen nous annonce pour très prochainement Lou Viage dei Pastouro à Betélen, pastorale comique, bien que très respectueuse du saint mystère, en trois actes et quatre tableaux, en vers provençaux (dialecte marseillais), avec chants nombreux sur la musique de M. Ber-nardin Camoin, le regretté « musicairè-mantenaïre dou tambourin ». Cette pièce qui viendra remplir une lacune, contient exclusivement des rôles féminins. Je ne crois pas que le docteur Fallen ait eu des prédécesseurs dans son originale et charmante tentative. Cette tentative sera certainement accueillie avec joie par nos pensionnats, œuvres et ouvroirs de jeunes filles où quelquefois la Pastorale est jouée avec mille difficultés et corrections, et les jupes épinglées... à la turque. Comme nous le disons au début de cette étude, nous assisterions avec le plus vif intérêt à quelqu’une de ces représentations féminines.

Source : Google - Revue de Provençe - 1899

PASTORALE IMBERT

J’arrive à M. l’abbé Imbert, le savant et consciencieux félibre vauclusien de Valréas. Sa Pastorale est toute modeste, c’est : La Santo Crùpi, en très ate, sieis nouvè et douge persounage. Je préfère, artistiquement, cette œuvre, que dis-je, cette œuvrette, à tout ce que j’ai lu sur le même thème. Celui qui la parcourra d’un œil rapide, ne manquera pas de vous dire : mais il n’y a rien la-dedans ! Je répondrai, relisez-la ; elle est pleine de poésie, cette Pastorale. C'est un de ces bijoux primitifs que les pâtres réalisent au cours de patientes heures en gardant « l’escabot » sur les hauteurs.

Il me semble que j’écrirais des pages sur cette amusette charmante et touchante, sur cet objet d’art que son auteur a fait comme en se jouant. Mais je veux me modérer, me mesurer la place, M. l’abbé Imbert devant figurer prochainement dans la série des Poètes du Terroir.

Nous reviendrons alors sur sa jolie pastorale, ses noëls et ses contes rustiques où il y a beaucoup à glaner et pour l’oreille et pour le cœur.

Source : Google - Revue de Provençe - 1899

PASTORALE CHABRAN

L’Oulo d'Arpian. C’est le litre, un peu énigmatique, que M. le docteur Chabrand a donné à sa pastorale, jouée à Chàteaurenard, au théâtre populaire de Jeanne d’Arc. Dans une prochaine étude, spécialement consacrée au Théâtre Provençal, nous parlerons en détails du talent dramatique de M. Chabrand. Avec lui nous quittons la série des amateurs, pour prendre celle des véritables écrivains et des consciencieux artistes. Pour ce jour, il nous suffira de signaler sa Pastorale, si originale; et l’originalité n’est pas toujours facile à manifester dans un thème traité à satiété, depuis un bon demi-siècle. L’Oulo d'Arpian, c’est la marmite d’un avare incorrigible. Celui-ci cache cette marmite pleine d’écus dans un coin ignoré de son clos ; mais les plus minutieuses précautions qu’il prend n’empêchent pas Nanan, un de ses valets, de savoir où git le trésor. Nanan, un révolté et un sournois, se promet de devenir riche autant que son maître, sans plus travailler désormais, et tente Barthoumiou, un autre valet, et tous deux enlèvent la marmite. Mais Barthoumiou, d’une nature probe et candide, depuis le rapt, se sent pris d’une continuelle peur. Alors, Nanan, craignant d’être découvert par la conscience timorée de son camarade, prend les devants et l’accuse.

Diverses péripéties, tour à tour amusantes et émouvantes, précèdent le dénouement qui a lieu, comme vous le devinez, à l’étable de Bethléem. Arpian, I’avaras, retrouve là son trésor ; mais la grâce le touche et il y renonce. Nanan avoue son crime, lave le pauvre Barthoumiou de l’accusation qui pesait sur lui. Comme dans toutes les Pastorales, c’est une conversion et un embrassement général, autour du berceau de l’Enfant Jésus. Ce thème de la marmite volée n’est point banal ; il est servi par des caractères curieux et dessinés à ravir. Arpian, l’avare, c’est l’hôtelier brutal qui refuse l’hospitalité à Joseph et à Marie pendant la nuit glacée de décembre. Ici se place le fameux et touchant Noël : Hoù de l'oustau, que toutes les familles provençales savent et chantent.

Le docteur Chabrand l’a enchâssé dans son dialogue, avec une habileté et un charme peu ordinaires. L’avare a un jeune fils, Simounet, dont le cœur déborde de générosité, de douceur et de dévouement. La figure de Sauvaire, le grand baile, nous semble patriarchalement belle. A chaque acte, elle triomphe par sa sérénité. Ce pauvre baile est le noble et irréductible des nobles et vieux us de Bethléem (de Chàteaurenard). Au premier acte, durant la veille des bergers, il parle avec une magnificence d’accents qui émeut les âmes en les faisant meilleures. Toute cette scène a la grandiose simplicité d’un chef-d’œuvre. Le restant de la pièce est bien construit, bien vivant, souvent bien amusant. M. le docteur Chabrand, qui est un lutteur, un apôtre de la bonne cause, donne des leçons pratiques et efficaces aux franciots des villages qui se ridiculisent, au lieu de se distinguer, en renonçant à parler le bon et mélodique langage du terroir. Il y a notamment deux types dans cette pastorale : le maire Mathieu et Chouio, le.garde-champêtre, qui, sur ce point, sont d’une cocasserie irrésistible.

La séance entière du Conseil Municipal où l’on doit régler son compte au nouveau roi des Juifs, pour complaire à Hérode, déborde de bouffonnerie et de bonne humeur. Il ne faudrait pas prendre, toutefois, cette pastorale, pour une comédie trop indépendante et trop fantaisiste. C’est une vraie pastorale avec son ange annonciateur, ses bergers chargés de présents, ses hosanna et ses gloria. Elle est faite de vers et de prose ; de vers nullement mirlitonesques, de vers de poète, de poète énivré du beau et si expressif langage de nos pères. La prose que l’auteur emploie ordinairement pour les dialogues, a une allure dégagée au possible, elle trotte, elle cause, elle court, elle est l’expression même des conversations ordinaires, drolatiques et charmantes de nos bergers et de nos paysans. Et que d’expressions imprévues, de tournures vivantes, d’images extraordinairement jolies et fortes. L'Oulo d'Arpian fut représentée à Châteaurenard, plusieurs fois, l’an dernier, au mois de décembre, avec un succès triomphal. Tous ses interprètes sont des enfants du pays ; la musique en est fournie par un amateur du pays également, dont le talent possède une spontanéité étonnante et charmeuse. M. le docteur Chabrand improvise, crée de véritables artistes, vivifie tout son dévoué personnel. Nous voudrions bien pouvoir citer un après l’autre les interprètes de l'Oulo d'Arpian ; mais la place qui nous est mesurée ne nous permet que de dire à la hâte les mérites des principaux : M. Blanc, dit Rey, qui a rempli son rôle d’avare brutal et méchant d’une façon superbe ; M. Janet qui a rendu avec une bonhomie et un naturel étonnant son rôle de Sauvaire, le baile pastre ; M. Gleize qui a composé un maire orgueilleux et niais, tout fait surprenant ; M. Gardiol, si amusant et si franchement comique dans le personnage de Barthoumiou ; M. Boyer,  un larbin finaud et saisissant. Les enfants eux-mêmes se sont distingués dans l'interprétation de l’œuvre du docteur Chabrand, le jeune Ferry surtout, dans le gracieux rôle de Janet.

Source : Google - Revue de Provençe - 1899

AUGUSTE THOMAS - PISTACHIÈ

Auguste Thomas, le Pistachié, le comique de génie presque, qui a fait rire de si grand cœur tout Marseille et une grande partie de la Provence, mériterait une étude de détail et non les simples deux ou trois lignes courantes que je lui consacre dans cette ordinaire chronique. Enfin pour ce jour, je dis sur lui ce que je peux.

C’est en 1845 qu’il fit ses premiers débuts au théâtre marseillais de la Roquette où il déclamait les poésies provençales de Bellot. M. Alexandre Merle, qui assistait à une de ces auditions, offrit au jeune amateur de venir jouer le rôle du comique, dans la pastorale du petit théâtre de l’Observance. En 1849, Auguste Thomas interprète quelques joyeux vaudevilles au théâtre de la Providence. A cette époque, il devient auteur, compose une Pastorale qu’il fait jouer à la rue d’Aix, au domaine Gidde, et dans laquelle il interprète le rôle de Pistachié avec une originalité très marquante. La Pastorale du domaine Gidde marcha de 1859 à 1862. En 1863, Thomas est sollicité par la direction du théâtre Chave, pour le rôle de Pistachié toujours, qu’il joue iusqu’en 1866.

Ce rôle de Pistachié devient ensuite celui de Barthoumiou, dont Auguste Thomas demeure le titulaire en chef et sans partage jusqu’en 1891. C’est donc une carrière de 46 ans fournie par cet artiste populaire, né du peuple et retourné au peuple, dans son paisible quartier de la Charité, tout là-haut, dans le vieux et vrai Marseille, entre les Moulins et l’Evèché. Je le répète, ce n’est pas une vague esquisse qu’il faudrait consacrer à Auguste Thomas, mais une étude complète et détaillée, car il créa, dans le théâtre provençal, un type désormais fixé, aussi curieux que Don Juan, Pierrot ou Polichinelle, celui du Fada, c’est-à-dire du pseudo-pauvre d'esprit qui roule son monde par sa timidité bouffonne, sa nigauderie adroite et calculée, son étourdissant génie d’à-propos, sa gaieté débordante, irrésistible, sa verve qui emporte tout, flatte, étonne, démonte, flagelle, corrige et fait songer, par moments, en plein théâtre marseillais et provençal, aux farces terribles d’Aristophane l’Athénien.

ELZEARD ROUGIER.

Source : Google - Revue de Provençe - 1899